Qu'est-ce qui fait qu'une connaissance est valide ? Comment puis-je savoir si ce que je crois est vrai, ou seulement une impression, une habitude, une opinion reçue ?
Cette question est fondamentale parce qu'elle conditionne tout le reste. Si je ne sais pas ce qui distingue une croyance fondée d'une croyance fragile, alors je ne dispose d'aucun critère pour évaluer ce que j'entends, ce que je lis, ce que je transmets. Je suis vulnérable à la manipulation, à l'erreur, à la confusion.
C'est la première question que doit se poser toute personne qui veut penser avec rigueur.
Beaucoup de gens considèrent qu'ils « savent » quelque chose dès lors qu'ils en sont convaincus. La conviction subjective — le sentiment de certitude — est souvent confondue avec la connaissance.
Voici quelques croyances courantes sur ce sujet :
Ces croyances sont compréhensibles — elles correspondent à des raccourcis mentaux qui fonctionnent souvent dans la vie quotidienne. Mais elles ne résistent pas à un examen rigoureux.
Plusieurs biais et sophismes interviennent lorsqu'on essaie de définir ce qui est « vrai » :
Pour qu'une connaissance soit considérée comme valide, elle doit remplir certains critères. Les plus importants sont :
Aucun critère isolé ne suffit. C'est leur convergence qui fonde la solidité d'une connaissance.
Reprenons la question : « Qu'est-ce qu'une connaissance valide ? »
En philosophie, la définition classique remonte à Platon : une connaissance est une croyance vraie justifiée (justified true belief). C'est-à-dire qu'il ne suffit pas de croire quelque chose, ni même que ce quelque chose soit vrai — il faut aussi avoir de bonnes raisons d'y croire.
Cette définition a été remise en question par le philosophe Edmund Gettier en 1963, qui a montré des cas où l'on peut avoir une croyance vraie justifiée sans pour autant avoir une vraie connaissance (les « cas Gettier »). Depuis, les philosophes ont proposé des raffinements : la fiabilité du processus de formation de la croyance, l'absence de chance épistémique, etc.
Dans la tradition intellectuelle islamique, la notion de 'ilm (علم) — connaissance — est centrale. Les théologiens du kalām distinguaient entre la connaissance nécessaire (ḍarūrī), qui s'impose sans démonstration (comme la conscience de sa propre existence), et la connaissance acquise (kasbī), qui nécessite un raisonnement ou une preuve. Cette distinction rejoint, par d'autres voies, la question de la justification.
L'essentiel est ceci : une connaissance valide n'est pas simplement une croyance forte. C'est une croyance qui a été soumise à l'examen et qui a résisté.
Une connaissance valide est une croyance qui remplit au moins trois conditions : elle est cohérente logiquement, elle correspond au réel (ou aux meilleures données disponibles), et elle repose sur des justifications fiables et vérifiables.
Le degré de certitude varie : certaines connaissances sont quasi-certaines (les lois logiques, les constats empiriques reproductibles), d'autres sont hautement probables, d'autres encore restent provisoires. Reconnaître ces niveaux de certitude est en soi un acte de rigueur intellectuelle.
Niveau de certitude de cette conclusion : fort. La définition proposée fait consensus en épistémologie, même si les détails font l'objet de discussions légitimes.
Si l'on prend cette définition au sérieux, plusieurs conséquences pratiques en découlent :
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